Agence, freelance ou ESN : à qui confier un projet d'IA ?
La question n'est jamais posée dans ces termes. Elle se pose plutôt ainsi : « je connais quelqu'un qui code, pourquoi passer par une agence ? » C'est une bonne question, et la réponse n'est pas toujours en notre faveur.
Les quatre options, sans caricature
Pour un projet d'outil interne dans une entreprise de cinq à cinquante personnes, il n'y a que quatre chemins possibles. Le cinquième, se débrouiller seul avec un abonnement, est traité dans un autre guide.
- Le développeur indépendant. Souvent quelqu'un que vous connaissez, ou recommandé. Tarif journalier de 400 à 700 €, disponible vite, proche de vous.
- L'ESN ou la SSII. Structure, méthode, contrat solide. Cycle de six mois, cahier des charges, et un budget qui commence rarement sous 30 000 €.
- L'éditeur de logiciel métier. Vous achetez un produit existant. Rapide à installer, mais il ne connaîtra jamais vos prix ni votre façon de travailler.
- L'agence spécialisée. Un périmètre étroit, un prix ferme, et l'exploitation dans la durée. C'est notre catégorie, donc lisez ce qui suit en sachant d'où nous parlons.
Le comparatif, sur ce qui compte réellement
| Freelance | ESN | Éditeur | Agence spécialisée | |
|---|---|---|---|---|
| Délai avant mise en service | 2 à 8 semaines | 4 à 8 mois | Immédiat | 15 jours |
| Budget de départ | 3 000 à 15 000 € | 30 000 € et plus | Abonnement | 1 000 € |
| Connaît vos prix et vos règles | Si vous les expliquez | Après un cahier des charges | Non | Oui, par construction |
| Qui exploite après la livraison | Rarement prévu | Contrat séparé | L'éditeur | Compris |
| Que se passe-t-il si la personne part | Le projet s arrête | Remplacée | Sans objet | Deux personnes le connaissent |
| Vous possédez le code | À négocier | À négocier | Non | Cédé sans frais |
Quand le freelance est le bon choix, honnêtement
Il l'est plus souvent qu'on ne le dit, et nous orientons régulièrement des gens vers cette option à la fin d'un appel de cadrage.
C'est le bon choix si vous savez déjà précisément ce que vous voulez, au point de pouvoir l'écrire en une page. C'est le bon choix si le besoin est ponctuel plutôt que quotidien, par exemple une reprise de données ou un script à lancer une fois par trimestre. C'est encore le bon choix si vous avez en interne quelqu'un capable de reprendre l'outil ensuite, ce qui règle la question de l'exploitation.
Et c'est presque toujours le bon choix si la personne connaît déjà votre métier. Un développeur qui a passé cinq ans dans le bâtiment vaut mieux qu'une agence qui le découvre.
Quand il ne l'est pas
Le point de bascule n'est pas la compétence, il est presque toujours le même : ce qui se passe après la livraison.
Un outil d'IA n'est pas un site vitrine. Il tourne tous les jours, il touche des données réelles, et le modèle qui l'anime sera remplacé par un meilleur dans douze mois. Quelqu'un doit surveiller, corriger et faire évoluer. La plupart des missions freelance s'arrêtent à la livraison, et c'est normal : ce n'est pas leur métier de rester.
Le second point est la continuité. Si une seule personne connaît l'outil et qu'elle change de client, part en congé longue durée ou augmente ses tarifs, vous êtes à l'arrêt. Ce risque est acceptable sur un site, il ne l'est pas sur l'outil qui produit vos devis.
Le troisième est plus inconfortable à dire : un développeur seul construit ce que vous demandez. Une bonne agence discute ce que vous demandez. Sur un projet d'IA, la première tâche choisie décide de la rentabilité, et c'est rarement celle que le dirigeant nomme spontanément.
Le cas du neveu qui code
Il mérite son paragraphe, parce qu'il concerne une entreprise sur trois que nous rencontrons.
L'avantage est réel : coût quasi nul, confiance totale, disponibilité. Le problème est également réel, et il n'est pas technique. Il est que personne n'ose relancer un membre de sa famille sur un retard, ni lui dire que le résultat ne convient pas. L'outil finit à moitié fait, et la relation coûte plus cher que le projet.
Si vous êtes dans cette situation, une règle simple aide : payez-le au prix du marché et signez un périmètre écrit. Si l'idée vous met mal à l'aise, c'est probablement que ce n'était pas la bonne option.
Les trois questions à poser, quel que soit le prestataire
Elles fonctionnent avec un freelance, une ESN ou nous, et une réponse évasive vous en apprend plus que dix références.
- Qui fait tourner l'outil dans six mois, et à quel prix ? Si la réponse est « on verra », le projet n'est pas fini, il est seulement livré.
- À qui appartient le code ? Demandez-le par écrit, avant de signer, pas au moment de partir.
- Que se passe-t-il si la personne qui construit s'en va ? Sur un outil quotidien, c'est la question qui décide, et c'est celle qu'on oublie de poser.
Ce que nous répondons pour nous-mêmes
Par cohérence, voici nos propres réponses aux trois questions. L'exploitation est comprise dans l'abonnement, à partir de 89 € par mois. Le code source vous est cédé sans frais si vous partez. Et nous sommes deux à connaître chaque outil, ce qui est peu, mais deux fois plus qu'un freelance.
Nous ne sommes pas le bon choix pour tout le monde. Si votre besoin est ponctuel, si vous savez déjà exactement quoi construire, ou si quelqu'un en interne peut reprendre l'outil, prenez un indépendant : vous paierez moins cher pour un résultat équivalent.
Questions fréquentes
Combien coûte un développeur freelance pour ce type de projet ?
Entre 400 et 700 € par jour en France selon l'expérience et la région, soit typiquement 3 000 à 15 000 € pour un premier outil. Le montant n'est pas le vrai sujet : demandez surtout ce qui se passe après la livraison, parce que c'est là que les coûts non prévus apparaissent.
Peut-on commencer avec une agence puis reprendre en interne ?
Oui, et c'est une trajectoire saine. C'est précisément pour cela que le code source est cédé sans frais. Le jour où vous recrutez quelqu'un capable de le reprendre, vous n'avez rien à racheter et rien à renégocier.
Une ESN est-elle vraiment hors sujet pour une PME ?
Pas hors sujet, mais hors format. Leur modèle suppose un cahier des charges, une équipe et plusieurs mois, ce qui se justifie sur un système critique à plusieurs centaines de milliers d'euros. Pour absorber une tâche répétitive dans une entreprise de vingt personnes, la structure coûte plus cher que le problème.